Christian KAROUTZOS



Christian Karoutzos voit le jour à Nauplie la Vénitienne, dans le Péloponnèse, en mars 1947, année terrible pour l’Europe et plus encore pour la Grèce plongée dans une guerre civile sanglante où son père est très engagé, comme tous les Grecs à cette époque. Enfance difficile, qui se poursuit à Paris à la fin des années cinquante, la famille ayant choisi l’exil pour se soustraire aux représailles et au chaos. Relégué au fond de sa classe de sixième, le jeune garçon, d’abord perdu, se jette à l’eau et parle très vite couramment le français. Le besoin impérieux d’exprimer, à travers le dessin, la peinture et la sculpture, l’éternelle question « qui sommes-nous, où allons-nous ? », l’habite dès son adolescence. A l’issue de ses études secondaires, il intègre une école de sculpture. On le retrouve en 68, dans les turbulences du mois de mai aux Beaux-Arts, qu’il quittera très vite en choisissant de se perfectionner après une solide formation dans la conservation et la restauration d’œuvres d’art.

Il fait ses premières armes dans une grande entreprise parisienne de restauration de monuments historiques où il assimile en quelques années toutes les facettes de ce métier rare et complexe. Puis il décide de créer son propre atelier en Auvergne, attiré par le contraste de sa lumière avec celle, plus violente, du Péloponnèse. Il débute cette activité dans des conditions matérielles extrêmement difficiles. « Étranger » et jeune, les banques, partenaires obligés, ne sont pas trop disposées à lui faire confiance. En quelques années, pourtant, son extrême ténacité, l’acquisition indéniable d’une grande compétence professionnelle, sa capacité de travail, son sérieux, l’imposent. Il cherche à aller toujours plus loin, dote ses ateliers d’innovations techniques performantes, sans cesse réactualisées. Il invente même, lorsqu’il ne le trouve pas tout fait le matériel qui lui permettra de peaufiner la restauration des œuvres qui lui sont confiées. Il est toujours « sur le fil », c’est cela qui le motive et le pousse. On peut l’imaginer comme un funambule sans filet. Sa force apparente recèle une grande sensibilité et beaucoup d’interrogations. S’il avance, c’est qu’il doute sans cesse et veut encore et toujours dépasser ses possibilités. Parallèlement, il dessine, sculpte, peint, puisant les sources de son inspiration et de son expression dans la mythologie de sa terre natale, les violences et les humiliations subies au cours des âges.

Imprégnées de cette violence, marquées par l’exil qui en est le contrepoint, ses sculptures et son œuvre graphique portent en elles le désespoir de l’homme en proie aux agressions quotidiennes, de l’intolérance, de l’indifférence et du racisme. Son travail révèle souvent un désir profond de fusion des sexes, la croyance en un être qui serait homme, femme et dieu et trouverait enfin, dans cette unité, la force de vivre et d’échapper au théâtre éternellement Incertain des démons et des anges qui le torturent. Son « envie de faire » ne semble jamais assouvie. […] vous découvrirez la personnalité multiple de Karoutzos, textes critiques sur la peinture du vingtième siècle, poèmes, peintures, sculptures, créations de plaquettes et d’affiches. L’ensemble cohabite harmonieusement et apporte une meilleure connaissance de cette personnalité et de son côté pluridisciplinaire.

Trente-cinq années de création, une vie de travail solitaire loin des salons et des médias.

Yolande Gouirand